Quoi de neuf dans l’atelier de couture

DES GOUTS ET DES COULEURS….

Au bout d’une année d’ateliers de couture, je ne peux que constater la grande diversité des projets des uns et des autres. Certes, cela peut se classer en deux grandes catégories : les vêtements et les petits objets (sacs, pochettes, étuis, coussins d’épingles et autres porte-aiguilles…) ; à cela il faut quand même ajouter une catégorie moins représentée, mais tout de même bien présente : rideaux, coussins, couvre-lits…

La diversité des goûts des initiateurs de tous ces projets m’a amenée à réfléchir une fois de plus sur la notion de goût et à me poser cette question : y a-t-il de bons ou/et de mauvais goûts ? Y a-t-il un bon ou/et un mauvais goût universel ?

Sous cet angle, ces questions ont un petit relent de dissertation de philo, mais en fait c’est beaucoup plus terre-à-terre qu’il n’y paraît. Ma mère avait coutume de dire à propos de vêtements qu’elle n’aimait pas : « Ce n’est pas beau, c’est de mauvais goût », impliquant ainsi une sorte de jugement de valeur sans appel, des dictats auxquels on, ou plutôt, je devais me plier, même si cela allait contre mes propres inclinations.

C’est ainsi que je n’ai pas eu le droit de porter de rose dans ma jeunesse parce que, selon elle, c’était une couleur fade et de mauvais goût. Rassurez-vous, je me suis largement rattrapée plus tard, lorsque j’ai acquis mon indépendance dans ce domaine ! Tout de même cela pose question.

J’aide à réaliser des projets de couture qui parfois sont très éloignés de ce que je choisirais, cependant j’essaie de garder l’esprit le plus ouvert possible à toutes les propositions et bien m’en a pris plusieurs fois, car, si certains projets m’interpellaient au départ, je me suis rendu compte que le produit fini était souvent intéressant et surtout correspondait à la personnalité et au style de celle ou celui qui l’avait conçu.

En conclusion, je dirais que l’essentiel est de se sentir bien dans son vêtement (ou au milieu de ses coussins…), mis en valeur, embelli, car en prenant ainsi confiance, on fait de ce sentiment une réalité et, mieux encore, on l’impose aux yeux des autres.

A PROPOS DE QUILT ET DE QUILTING

En août dernier, je me suis retrouvée pour la première fois aux États-Unis à la poursuite d’une éclipse totale de soleil et j’ai atterri dans le Middle West. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas, c’est en gros là où se trouvent la plupart des grands parcs Américains, mais c’est aussi une région remarquablement déserte dans laquelle on a pas l’impression de se marcher sur les pieds ! Bref, revenons au thème qui nous intéresse, à savoir la couture.

Denver qui est la grande ville de cette région est aussi un centre important de l’activité de quilting. Bien que cette technique commence à faire son chemin en France, tout le monde ne sait pas forcément ce que c’est. Quilting peut se traduire en français par matelassage. Il s’agit en fait d’effectuer une sorte de patchwork composé d’un certain nombre de blocs; ce sont des sortes d’unités décoratives dont vous avez un exemple ci-dessous (à gauche). Les blocs sont ensuite réunis pour constituer un « top » (à droite) qui est posé d’abord sur un molleton puis sur un tissu qui va constituer l’envers du quilt ; le tout formera un couvre-lit, un jeté de table, un coussin, ou sera tout simplement suspendu sur un mur en décoration.                                                             

 

 

 

 

 

 

Le problème, c’est le matelassage. Il faut en effet piquer ensemble les trois épaisseurs et le faire, si possible, de façon décorative. Cela peut se faire à la main, comme les femmes des pionniers Américains le faisaient pendant les longues heures de voyage dans les chariots, mais on peut aussi le faire à la machine à coudre en utilisant la technique du piqué libre qui ne se maîtrise pas en dix minutes, loin de là ! Ci-dessous, vous pouvez voir une machine à coudre équipée d’un « pied libre » qui n’appuie pas de façon continue sur le tissu ; associé au fait que les griffes de la machine sont en position basse, cela permet de manoeuvrer le tissu en toute liberté. On peut aussi utiliser une brodeuse si l’on en possède une.

Il y a quelques jours, je suis allée faire un tour dans l’exposition de Monique Chiabergi et Catherine Journel à La Rochelle, et j’ai pu voir de très beaux quilts dont voici quelques exemples :

Celui de gauche est entièrement fait main y compris le quilting

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai appris que ces modèles sont faits à partir de « patrons  » qui fournissent les éléments du quilt qu’il reste ensuite à assembler et à matelasser. Ces kits sont en vente sur Internet principalement sur des sites américains. Pour ma part, je préfère créer moi-même le dessin des différents blocs, mais il faut aimer dessiner et se casser un peu plus la tête pour créer ses propres modèles. Actuellement, pour mon deuxième quilt, je suis sur un projet un peu plus ambitieux que le premier et j’espère pouvoir vous montrer à quoi cela ressemble d’ici quelque temps… C’est très long à réaliser et, comme pour tout dans la couture, il faut s’armer d’une bonne dose de patience…

 

MON PARCOURS COUTURE

Quelques mots pour me présenter. Comme vous vous en doutez, je suis passionnée de couture et j’aime depuis toujours faire naître avec mes mains les idées que j’ai dans la tête, et pas seulement en couture, mais ce domaine reste malgré tout privilégié, car il trouve ses racines dans mon enfance.

Ma mère avait eu, très jeune, une formation de couturière, car il fallait travailler tôt en ce temps-là et comme c’était quelqu’un de volontaire et de doué, elle a fini comme première d’atelier dans une maison de haute couture à Paris pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Elle aimait tellement les tissus et la création de vêtements qu’un jour, elle n’a pas hésité à se mettre en danger pour aller chercher de la soie de parachute auprès des maquisards, c’était une matière rare et de très bonne qualité et elle l’a ramenée sur son vélo à travers la campagne creusoise à la barbe des Allemands !

J’ai failli appeler mon atelier du nom que ma fille avait donné à sa grand-mère lorsqu’elle commençait à parler et qui lui est resté pour ses petits-enfants : Didijine. Mais je voulais aussi que les gens qui me rejoindraient sachent que mon idée était de partager une passion et de coudre ensemble afin que chacun puisse apprendre et créer à son tour de façon autonome.

Cette façon de voir les choses vient certainement de ma formation de base, je suis à l’origine professeur de français, devenue ensuite enseignante spécialisée auprès des enfants en grande difficulté, avec ou sans déficience réelle. Cela m’a passionnée et a affirmé chez moi l’envie de transmettre un savoir pour que mes élèves gagnent en autonomie et soient fiers de ce qu’ils pouvaient produire et cela dans le domaine de leur choix. Force est de dire qu’ils m’ont émerveillée et m’ont rendu au centuple tout ce que j’avais pu leur donner !

Maintenant, je voudrais transmettre tout ce que ma mère m’a appris dans son domaine et amener des passionnés à créer des vêtements ou des accessoires, qui conviennent à leurs goûts, à leur personnalité, à l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, ce que n’offre que rarement le prêt-à-porter. Alors, si cela rejoint vos idées et vos désirs, venez créer avec moi, dans la bonne humeur et la convivialité !

 

EXPOSITION SUR LE VETEMENT AU MUSEE DES ARTS DECORATIFS

(Le livre de l’exposition est à votre disposition pour être feuilleté dans mon atelier de couture à La Rochelle)

Il y a quelques mois de cela, je suis allée voir une exposition au musée des Arts Décoratifs à Paris. Elle avait pour intitulé Tenue correcte exigée… quand le vêtement fait scandale.Il s’agissait d’une réflexion passionnante sur la mode à travers les siècles, et les genres vestimentaires ; le tout s’appuyait sur une présentation d’habits très divers dans une atmosphère feutrée et en demi-teintes.

Le départ de cette réflexion remontait à la Genèse ; à ce moment-là, Adam et Ève se promenaient nus dans les jardins d’Eden, en toute liberté et sans arrière-pensée, mais lorsqu’ils furent chassés du Paradis, ils furent condamnés à se vêtir pour cacher leur corps. De ce fait, dans notre morale judéo-chrétienne, le vêtement a souvent eu et a parfois encore de nos jours, la fonction de cacher le corps, de le punir, de renvoyer à l’humilité d’un certain anonymat.

Mais tout l’intérêt de l’exposition dont il est question résidait dans ce qu’elle montrait la façon de s’habiller comme pouvoir de transgression voire de provocation et/ou de marqueur social. Elle nous conduisait à nous interroger sur la notion de normes pour ce qui est du vêtement, mais aussi en ce qui concerne l’image qu’un corps humain renvoie à la société dans laquelle il évolue : quelles sont les parties que l’on se doit de cacher par décence, par convention, par pudeur personnelle et quelles sont celles que l’on doit exposer pour plaire, pour signifier ?

Cette réflexion est particulièrement d’actualité de nos jours et dans notre société où se côtoient toutes les tendances et tous les genres. Le style est dicté par la mode, mode liée au vêtement lui-même, mais aussi à l’image que nous renvoyons grâce à notre corps ; il suffit pour cela de penser aux mannequins anorexiques qui ont conduit bien des jeunes à faire de la maigreur un credo qui rejette celles (ou ceux) qui ne veulent ou ne peuvent y adhérer.

De même, dans la rue se croisent des personnes dont l’habillement expose le plus possible le corps et d’autres dont parfois seuls sont visibles les yeux. Le vêtement montre, le vêtement cache, mais il ne faut pas se leurrer, même lorsqu’il a pour fonction de dissimuler, il montre aussi, mais autrement : il signifie une appartenance, des valeurs, et même, pourquoi pas, une forme de transgression.

À ce sujet, il est difficile de ne pas penser à la récente polémique suscitée par la façon de s’habiller dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale : costume cravate ou pas costume cravate ? Stupeur, il n’y avait pas même une petite circulaire sur ce chapitre épineux ! Résultat : faites comme bon vous semble, messieurs les députés. Cela pourrait devenir intéressant si certains utilisaient la puissance signifiante du vêtement… Affaire à suivre…

En résumé, les interrogations sont multiples au regard des types de vêtements portés par les femmes et les hommes, par les adolescents et les moins jeunes, mais aussi de l’influence qu’a notre façon de nous vêtir sur notre humeur et notre comportement. Le sujet est très riche et je vous conseille vivement de lire et de regarder le livre de l’exposition, les photos sont magnifiques et parfois totalement scandaleuses, car il et difficile d’imaginer toutes les outrances qui ont émaillé les défilés de mode…